« Ces dernières années, beaucoup de certitudes se sont fanées autour de moi. Les frontières dessinées dans les livres, les récits que l’on nous transmet pour organiser le monde, tout cela commençait à perdre de sa réalité.
Plus je perdais mes illusions, plus je me sentais appartenir au vivant. À la nature. Au mouvement des choses. Comme si tout était déjà relié avant même que nous essayions de le nommer.
L’enfant le sait instinctivement. Il joue avec une feuille, se projette dans les nuages, poursuit les créatures mystérieuses que nous appelons pigeons. Puis, avec le temps, les mots, les catégories et les habitudes viennent souvent remplacer le mystère.
Alors j’ai essayé de regarder autrement.
Non pas avec les yeux de l’enfant que j’étais, car ce retour est impossible, mais avec le regard de quelqu’un qui accepte de ne plus savoir. Quelqu’un qui avance en questionnant davantage qu’en affirmant.
Sur la route, en Turquie, sur les pas de Rumi, quelque chose s’est déplacé en moi. À force de marcher, de regarder et de me perdre dans les paysages, j’ai cessé de penser à ce que je faisais, à qui j’étais censé être. Je suis devenu simplement un passager.
« The Passenger » est né de cela.
Du sentiment que nous traversons peut-être cette vie sans jamais vraiment la posséder. Et que l’art, comme l’amour, l’écriture ou le voyage, peut parfois nous rapprocher d’une manière plus sensible d’habiter le monde.
Une manière de ressentir avant de définir. De redécouvrir avant de nommer. Et peut-être, pendant quelques instants, de regarder la vie sans les réponses que l’on nous a apprises. »
