Dix ans après sa première exposition à la galerie, Polka accueille de nouveau Matt Henry avec « Palm ». Le photographe gallois de 48 ans rend hommage à la plus célèbre des plantes tropicales, en faisant l’instrument d’une étonnante analyse socio-politique.
Fasciné par la culture et la contreculture américaines des années 1960 et 1970, Matt Henry travaille depuis dix ans sur des « short-stories », des fictions photographiques. Le palmier, ce vieux frère hier symbole du sublime exotique, façonné par les fantasmes d’abondance tropicale, resurgit dans l’imaginaire triomphant de l’après Seconde Guerre mondiale, cette fois-ci en plein cœur de l’Occident.
« Je m’efforce de décrypter sa symbolique, à une époque où il devient surtout synonyme d’opulence et de loisir », note Matt Henry. Le premier récit noue son intrigue à Palm Springs, mirage moderniste suburbain de la côte Ouest américaine, en banlieue de Los Angeles. Sous les palmes, un rêve américain : une vie d’opportunités gorgées de soleil, des grandes maisons avec piscines et gazons à la chlorophylle dans des lotissements à la limite du factice. Le photographe – qui cite volontiers John Waters et David Lynch – y raconte la ville et le tonnerre qui gronde chez les habitants, avec l’œil d’un cinéaste.
« Je cherche avant tout à immerger le spectateur dans l’univers que je façonne. Les mondes que je construis sont des époques et des lieux imaginaires ; des fragments déformés de mémoire et de mythe. » Le palmier devient l’emblème d’un monde-fiction sur fond de culture consumériste exacerbée, de marchandisation des loisirs et de domestication de la nature. Un totem aussi face aux ravages de la guerre du Vietnam et de la guerre culturelle qui s’annonce. Ou encore sur la route du « hippie trail », avec des aventuriers d’un nouveau genre, avides d’exploration intérieure et d’expériences collectives partagées sur des plages luxuriantes bordées de cocotiers.
Les « scènes » racontées par Matt Henry assument une théâtralité ouvertement « camp » voire kitsch, c’est à dire un brin criarde et fantasque, pour ne pas dire satirique. « La période actuelle est marquée par une pensée très manichéenne. La photographie n’y échappe pas. Je ne veux pas nier l’importance du travail documentaire, ni celle de l’art en tant que manifeste, mais comprendre leurs limites, c’est aussi réaliser qu’il y a une place pour des œuvres ludiques, satiriques ou absurdes », conclut le photographe.
